Le syndicat CFTC Caisse des Dépôts vous informe

       Sans Bureau Fixe ? Flex-office : considérations

La conceptualisation du bureau flexible est l’œuvre de deux professeurs de Harvard, Philip Stone et Robert Luchetti, en 1985 dans un article intitulé

« Your office is where you are »..

La première idée était de réduire le nombre de postes de travail, sans place attitrée, le personnel s’installe ou il veut à son arrivée. Un casier est mis à la disposition du salarié pour ranger son matériel mais , il ne doit rien laisser derrière lui lors de sa journée de travail terminée.

Dans ce nouveau mode d’organisation de l’espace de bureau, les salariés alternent entre télétravail et présentiel selon un rythme choisi ou imposé par l’entreprise. Le ratio bureaux-travailleurs est ainsi tombé à 6 ou 8 places pour 10 travailleurs.

« Le télétravail se heurte à la pyramide de Maslow, qui représente la hiérarchie des besoins des salariés. L’un des étages concerne le besoin d’appartenance, qui est forcément plus difficile à combler lorsque le salarié est à distance ou n’a plus d’espace à lui. L’attachement à une entreprise passe beaucoup par l’espace physique », indique Valentina Urreiztieta, directrice du pôle conseil & formation du cabinet Empreinte Humaine. »

L’engagement des salariés vis-à-vis de leur entreprise et leur « attachement » passe donc aussi par l’espace physique ainsi il est souvent constater que le sentiment d’appartenance soit fragilisé par cette organisation du travail, pour peu qu’elle soit vécue comme une perte de territoire. Certains spécialistes vont même jusqu’à dire qu’en dépersonnalisant leurs locaux, les entreprises cultivent l’idée selon laquelle les salariés sont de simples pions sur un échiquier.

« Cela peut donner l’impression d’être remplaçable ».

« Le flex-office est-il une bombe sociale ? »

Le corps des travailleurs souffre. D’après les données de l’Inami, les incapacités liées aux troubles musculosquelettiques et aux problèmes d’yeux ont explosé. En 10 ans, ces troubles ont augmenté de… 78%!

Fin 2018, 125.000 salariés et près de 8.000 indépendants étaient concernés, soit un malade de longue durée sur trois. Les ergonomes ont beau tirer la sonnette d’alarme et coacher les employés, la perte du bureau fixe, couplée au télétravail, multiplie les problèmes de nuque, de dos, de tendinites dans les mains.

« Cela s’explique par l’interaction entre la vie privée et professionnelle », témoigne Nathalie Cock, ergonome au CESI (service de prévention externe au travail). Les travailleurs multiplient le temps passé sur leurs écrans, que ce soit le portable, le téléphone, la tablette. Ils ne prennent pas le temps de régler leur siège de bureau, leur écran d’ordinateur. « Et malheureusement, ils ne réagissent que quand le mal est là.

« Désormais, les gens s’installent n’importe où pour travailler: dans le train, dans le bus, dans un bar, dans le divan à côté de madame  » , poursuit Guido Moerman, ergocoach chez Securex. On adopte des mauvaises postures, et on multiplie les mouvements répétitifs sur des petits écrans. On est accro à ces outils, sans réaliser qu’ils sont néfastes pour notre santé. Il n’y a plus conscience du respect du corps. Sensibiliser les gens n’est pas toujours simple, on leur fournit un ordinateur portable et un smartphone, puis démerdez-vous. ».

« Sans Bureau Fixe » 

D’après une étude réalisée par Essec Workplace Management en juin 2021, seuls 4% des salariés se disaient favorables au flex-office, jugeant ce mode de travail impersonnel, peu hygiénique et synonyme d’isolement. Il n’est pas inutile de rappeler que bon nombre d’entreprises reviennent déjà de ce mode d’ organisation, qu’il s’agit de fausses économies souvent faites au détriment des personnels de ces entreprises.  

C’est par exemple le cas de l’entreprise ekWateur qui a décidé de ne plus faire de flex-office pour éviter ce qu’ils nomment “l’effet cantine” où, comme en primaire, chacun se bat pour s’asseoir à la place de son choix, de préférence à côté de ses meilleurs potes.

Ainsi, il y a des places plus sympas que d’autres, alors elles sont prises d’assaut dès le matin. C’est la course aux meilleures places, celles près de la fenêtre, de la bouche d’aération, en bout de rangée. Avec tout le stress et la tension que cela engendre entre les travailleurs. Les invitations à bouger, à ne pas prendre la place des indéboulonnables, fusent. On n’est pas loin du bac à sable…

Ceux qui arrivent plus tard en sont pour leurs frais. Ils s’installeront là où ils peuvent, parfois au détriment du travail d’équipe.

Si le travailleur n’a plus d’ancrage dans un territoire, il ne sait plus s’approprier le projet de l’entreprise et s’identifier à elle. Il subit, en ayant l’impression qu’il n’y a plus de place pour lui et ceux qui ne supportent pas vont avoir tendance à s’isoler à la maison.

Tribune CFTC 8 mars 23

 

Le syndicat CFTC CDC : un syndicat différent,

un syndicat qui vous  ressemble.